Remplacer le carnet à souches des droits de place : ce que dit la réglementation
Le carnet à souches est encore l’outil de nombreuses régies de marchés. Il n’est pourtant imposé qu’à celles qui n’ont pas d’outil informatique, et il laisse sans réponse les questions que le comptable public, la chambre régionale des comptes et le conseil municipal sont en droit de poser.
Textes vérifiés le 2 octobre 2026.
Le carnet n’est pas une obligation
La doctrine comptable de la DGFiP est explicite. Pour les régies de recettes, elle prévoit que les régisseurs délivrent des quittances extraites d’un registre à souches « s’ils ne sont pas équipés d’une application informatique de gestion de la caisse ».
Le carnet est donc la solution prévue par défaut, quand la régie n’a rien d’autre. Une régie équipée d’un logiciel de caisse entre dans le cas que le texte envisage. La foire aux questions de l’administration sur les régies le confirme : le ticket issu d’un carnet à souches est la pratique des régies « non informatisées », fréquente pour les droits de place sur les marchés.
Ce que le papier ne permet pas de savoir
Sur un marché tenu au carnet, le placier évalue le métrage, calcule le droit, encaisse et détache une souche. Aucune de ces étapes ne laisse de trace vérifiable : ni l’emplacement attribué, ni le métrage réellement occupé, ni le tarif appliqué.
Il devient impossible de rapprocher ce qui a été occupé de ce qui a été encaissé. Ce n’est pas une question de confiance envers les agents. Avec un carnet, personne ne peut démontrer que tout a été encaissé : ni le maire, ni le régisseur lui-même.
La difficulté grandit avec la part des passagers, qui paient au comptant et sans engagement. Dans les communes qu’elle a contrôlées, la chambre régionale des comptes d’Île-de-France a relevé une diminution parfois significative des abonnés et, le plus souvent, une augmentation des non-abonnés.
Le paiement en ligne des abonnés
L’article L.1611-5-1 du code général des collectivités territoriales et le décret du 1er août 2018 obligent les collectivités à proposer un service de paiement en ligne. L’obligation s’est étendue par paliers ; depuis le 1er janvier 2022, elle concerne les collectivités à partir de 5 000 € de recettes annuelles.
Les droits payés sur place, au moment même de l’occupation, en sont en principe exclus. Mais les échéances des abonnés, réclamées après coup, sont exactement le type de recette visé. Un carnet à souches ne permet pas d’y répondre.
La DGFiP met à disposition des régies un service de paiement en ligne, PayFiP Régie. Son guide de mise en œuvre pose une condition : la régie doit pouvoir assurer, de manière automatisée, la concordance entre ce qui est réclamé et les paiements reçus. C’est précisément ce qu’un registre papier ne fait pas.
Une trace qui protège
Depuis le 1er janvier 2023, l’ordonnance du 23 mars 2022 soumet ordonnateurs et comptables à un régime unifié de responsabilité financière, jugé par la chambre du contentieux de la Cour des comptes. Il vise les fautes graves ayant causé un préjudice financier significatif.
Les élus locaux en sont en principe exclus, sauf cas particuliers comme la gestion de fait. Les agents territoriaux, régisseurs compris, en relèvent. Pour eux, un journal horodaté de chaque encaissement n’est pas un contrôle de plus : c’est ce qui leur permet de montrer qu’ils ont bien fait leur travail.
Trois saisies pour une seule information
Le parcours habituel d’un droit de place au carnet : la souche sur le marché, la ressaisie dans un tableur en mairie, le recoupement à la main, l’arrêté de caisse, le bordereau de versement, puis les pièces justificatives pour le comptable public. Chaque recopie est une occasion d’erreur, et chaque erreur se cherche à la main.
Avec RegiPro, l’opération est saisie une fois, sur la place. L’arrêté de caisse, l’état de reddition et les exports se préparent à partir de cette saisie.
La mémoire du marché
Le plan des emplacements, l’ancienneté des commerçants, les habitudes d’attribution vivent souvent dans la tête du placier. Le jour où il part en retraite, la commune découvre qu’elle n’en a aucune trace écrite. Un logiciel de régie enregistre cette connaissance et la rend transmissible.
Le comparatif complet
Quinze critères, du statut réglementaire au suivi par les élus.
| Critère | Carnet à souches | RegiPro |
|---|---|---|
| Statut réglementaire | Prévu par la DGFiP lorsque la régie n’est pas équipée d’une application informatique de gestion de la caisse | L’application informatique de gestion de la caisse que la doctrine de la DGFiP envisage |
| Calcul du droit | Fait de tête ou sur un barème papier, montant écrit à la main | Calculé à partir du barème voté ; aucun montant n’est tapé par le régisseur |
| Traçabilité | Souche manuscrite, sans heure ni auteur certain | Chaque opération est horodatée et rattachée au régisseur qui l’a faite |
| Rapprochement entre occupation et encaissement | Impossible en pratique | Chaque encaissement est relié à un emplacement, un métrage et un barème |
| Correction d’une erreur | Rature ou souche annulée à la main | Annulation motivée ; l’opération d’origine reste visible |
| Moyens de paiement | Espèces et chèques | Espèces, carte sur terminal de paiement, QR code payé depuis le téléphone du commerçant, prélèvement SEPA pour les abonnés |
| Paiement en ligne des échéances d’abonnés (article L.1611-5-1 du CGCT) | Non couvert | Prévu : lien de paiement, QR code et prélèvement SEPA |
| Justificatif remis au commerçant | Souche manuscrite | Reçu imprimé sur place et justificatif numéroté envoyé par SMS ou courriel |
| Arrêté de caisse | Recalculé à la main, souvent sur tableur | Préparé à partir des opérations du marché, exportable |
| Impayés | Suivis de mémoire, souvent abandonnés | Créances suivies commerçant par commerçant, relances |
| Mémoire des emplacements | Dans la tête du placier | Plan, abonnés et historique des présences enregistrés |
| Contestation d’un commerçant | Parole contre parole | Calcul détaillé ligne à ligne et historique daté |
| Carnet perdu, mouillé, oublié | Recettes non justifiées | Opérations conservées sur le terminal, puis transmises au serveur |
| Contrôle du comptable public | Carnets à rassembler et à recompter | Journal, séquence des justificatifs et exports disponibles |
| Suivi par les élus | Aucune donnée consolidée | Total des recettes et nombre de commerçants actifs, consultables à tout moment |
Colonne RegiPro : fonctionnement prévu par le cahier des charges fonctionnel validé, livré par étapes aux communes pilotes.
Comment passer au numérique
Le passage ne demande pas de nouvelle délibération tarifaire. Il se prépare en six étapes, dont la principale est la mise à jour de l’acte constitutif de la régie, avec l’avis conforme de votre comptable public.